Collège St Joseph Moukassa

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Frère Camille éducateur

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Frère Camille éducateur

Pendant dix sept ans, d’octobre 1961 à octobre 1978, il assure la direction du collège. De 1978 à avril 1997, année de son rapatriement sanitaire en France, il ne quitta le collège que pour quelque temps à Nanoro. Cette longévité exceptionnelle fait du Fr Camille une figure familière pour de nombreuses générations d’élèves du collège Moukassa. Ce fut également une longue période durant laquelle, Fr Camille
donna toute la mesure de son dynamisme, de son savoir faire, de sa compréhension de l’autre qui lui valent encore aujourd’hui, une affection indéfectible de la part de ses élèves. Ses qualités pédagogiques et sa douceur, son désir de voir la réussite du jeune qui lui est confié furent de lui un enseignant aimé de tous.

Les élèves des années 1969 se souviennent encore avec émotion de ce groupe d’élèves exclus
pour indiscipline que Fr Camille conduit à Ouagadougou pour négocier leur inscription au lycée Zinda afin qu’ils puissent achever leurs études. Le désir de voir la réussite de chaque jeune était si fort en lui qu’il lui était difficile de refuser l’inscription au collège. Nombreux sont ceux qui n’aurait pu franchir la porte de l’enseignement secondaire n’eut été l’attention paternelle du Fr Camille. Sont de ceux-là Yaméogo
André qui le répète à souhait. De familles modestes, lui et un groupe de copains furent inscrits au collège Moukassa dès l’ouverture de l’établissement. Ne pouvant pas payer les frais de scolarité, le fr Camille leur offrit de faire la vaisselle en contre partie. Après eux, de nombreux autres furent scolarisés sans payer de frais de scolarité et sans pour autant en être inquiétés. Si Frère Camille croyait en l’école comme lieu d’éducation, il savait aussi porter son intérêt à la jeunesse non scolarisée. C’est ainsi que les enfants et jeunes non scolarisés du quartier avaient une place dans son coeur. Les « fédayins » de vieux comme on les appelait affectueusement, avaient transformé à souhait en lieu de récréation, la cours des Frères qu’ils fréquentaient assidument. Les programmes du fameux Ciné Vieux, les projections cinématographiques qui étaient faites au sein du collège n’étaient pas uniquement destinées aux seuls élèves du collège. C’est que le Fr Camille accordait de l’importance à tout jeune qu’il rencontrait.
En bon éducateur, il savait aussi que la vie à l’internat pouvait être contraignante et comprimante voire déstabilisante à condition de savoir aménager le temps. Les activités sportives, les baignades, les piques-niques, les promenades à Salbisgo, à Goundi et autres tenaient une place importante chez lui. Les éducateurs connaissent bien la prégnance de leur vécu quotidien sur leurs élèves. Le plus surprenant chez
Frère Camille que ses anciens élèves ont retenu ce sont ses activités polyvalentes. Il glissait insensiblement de la classe au jardin et lorsque le groupe électrogène qui alimentait le collège en électricité tombait, le Directeur endossait sa blouse de mécanicien et miracle, la lumière jaillissait à la grande déception de certains internes paresseux qui pensaient profiter de l’obscurité pour dormir. Et les week-ends, lorsqu’arrivait le moment tant attendu du ciné vieux, au milieu d’une foule bigarrée d’élèves et de ses fédayins impatients et bruyants, le professeur de géologie se transformait en expert machiniste surveillant l’appareil antédiluvien au bonheur de ses cinéphiles. En un mot, Fr Camille était tout à la fois : jardinier, projectionniste professeur, infirmier, électricien, technicien, mécanicien, etc.
S’il ne s’était jamais plaint d’être absorbé par des activités aussi nombreuses que variées, c’est qu’il savait que la vie du collège et celle de ses élèves en dépendaient. Dans cette Haute-Volta des années 60 et 70, il n’était pas aisé de trouver du personnel enseignant au profil requis, et, lorsqu’on pouvait en trouver, les maigres ressources du collège, surtout après la crise de 1969 n’autorisait nullement leur emploi. Les anciens élèves se rappellent bien que le Frère Camille fut professeur de toutes les disciplines. Des mathématiques à l’histoire-géographie en passant par le français et la SVT, il s’appliquait à dispenser ces cours jusqu’à ce qu’il trouve un spécialiste du domaine à qui il les cédait volontiers. C’était le sapeur pompier dans le contexte particulier de l’enseignement en Haute-Volta où jusqu’au milieu des années 70, l’enseignement supérieur ne produisait encore suffisamment de diplômés pour l’enseignement et où le recours aux coopérants ne donnait pas toujours les résultats escomptés. Tout ne fut pas toujours  heureux et simple pour lui. En témoigne cette grève déclenchée par les élèves en 1969 qui le déstabilisa et le rendit malade l’obligeant à se retirer à Ouagadougou pour quelques jours de soins. Néanmoins, il demeura fidèle à sa ligne. Educateur pieux, généreux, attentifs au plus nécessiteux, ayant un sens aigu de la mission, il a animé et organisé de main de maître la vie du collège Joseph Moukassa.

Last Updated on Wednesday, 02 November 2011 17:38  

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